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Un an après, le Brexit n’en est toujours qu’à ses débuts

Spécialiste du recrutement dans la finance à Londres, le Français Stéphane Rambosson appelle à temporiser avant de dresser un premier bilan des effets du divorce entre le Royaume-Uni et l’Union européenne. Une chose est sûre : depuis son entrée en vigueur le 1er janvier 2021, son cabinet est de plus en plus sollicité, signe d’une tension qui s’accroît sur le marché de l’emploi britannique. Cette interview a été réalisée en collaboration avec le Cercle d’Outre-Manche.

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Stephane-Rambosson

Après une carrière dans la banque, Stéphane Rambosson a repris à Londres un cabinet de recrutement dédié à la finance, « Vici Advisory ». Et depuis un an, le Brexit lui a apporté un surcroît d’activité non négligeable. « On travaille de plus en plus avec l’Union européenne, constate le Français. Il y a eu pas mal de départs, mais des arrivées aussi. On est vraiment au tout début du Brexit. C’est dans cinq ou dix ans qu’il faudra dresser le bilan mais il est certain que tous les établissements financiers se renforcent en Europe continentale. » L’hémorragie serait toutefois limitée. Les autorités britanniques s’attendaient à ce que trois millions d’étrangers vivant au Royaume-Uni demandent le fameux « settled status », le statut de résident permanent, avant le 1er janvier 2021. Il ont finalement été plus du double, dont 200 000 Français selon l’ambassade, soit 10 % de la population totale du Royaume-Uni !

Quant aux départs, ils sont certes liés au Brexit mais aussi aux restrictions dues à la pandémie de Covid-19, avance Stéphane Rambosson : « Il y a des gens qui ont commencé à en avoir assez d’être « emprisonnés » sur cette île et qui ont décidé de rentrer chez eux. » On estime par ailleurs à 8 à 10 000 le nombre d’employés de la finance transférés de la City vers d’autres places européennes comme Paris, Francfort, Luxembourg et dans une moindre mesure Lisbonne, Madrid et Amsterdam. La holding JP Morgan Chase va elle relocaliser l’an prochain à Paris près d’un millier de collaborateurs, dix fois plus qu’aujourd’hui. « La France a bien tiré son épingle du jeu, salue M. Rambosson, elle a réussi à attirer des établissements financiers qui, au départ, souhaitaient plutôt s’installer à Francfort. »

De nouveaux protocoles compliqués

Car au-delà des règles durcies pour l’immigration, le Brexit a aussi profondément modifié la façon de travailler des sociétés opérant depuis le Royaume-Uni. « Les nouveaux protocoles mis en place par les institutions financières qui interprètent la réglementation vous obligent à passer par quelqu’un à Paris pour joindre un client en France par exemple, ne serait-ce que pour l’appeler ou lui envoyer un e-mail, détaille Stéphane Rambosson, idem pour tous les pays de l’Union européenne. C’est compliqué et ça coûte très cher. Au bout d’un moment, tout le monde va s’en lasser. »

Les clients de l’agence de recrutement que dirige le Français sont des sociétés britanniques mais aussi européennes ou américaines à la recherche de collaborateurs. Et s’il travaille encore plus qu’avant avec l’Europe continentale, il reconnaît que faire venir des talents au Royaume-Uni est devenu très difficile : « C’est beaucoup plus compliqué à la fois pour l’employeur, qui doit sponsoriser ses recrues étrangères, et pour le candidat qui doit maintenant prouver qu’il a un emploi avant de venir. Il y en a beaucoup qui renoncent. C’est comme pour un transfert aux États-Unis, sauf que vous êtes géographiquement juste à côté !» Mais vue la pénurie de main d’œuvre et la fluidité du marché de l’emploi en Grande-Bretagne, Stéphane Rambosson conseille aux candidats de ne pourtant pas hésiter à se lancer, en particulier dans les secteurs les plus tendus comme le tourisme, en particulier l’hôtellerie-restauration ou le transport routier qui recrute à tour de bras des chauffeurs.

Lui écrire : srambosson@viciadvisory.com

Sa société www.viciadvisory.com

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